Hopper, Edward. (1942). Night Hawks.

samedi 21 juin 2008

Sondage d'e juin de Léger Marketing - Le Devoir : La méthode Robert Boutassa


Messieurs Bisaillon et Parizella ont redressé la barre du Parit libéral en y appliquant la méthode de navigation de Robert Bourassa. Bourassa savait se taire, savait ne pas faire de vagues et savait changer de cap doucement sans heurter personne.
C'est exactement ce à quoi les deux sauveurs se sont appliqués au cours des derniers six mois, de sorte que le gouvernement Charest se trouve maitnenant 10 points au-dessus les péquistes et en mesure de former un gouvernement majoritaire.

Cette majorité, il a été la chercher chez les "Canadiens-français" de Gérard Bouchard ou "Québécois de souche". Il a été les chercher en les arrachant à l'ADQ où ils s'étaient réfugiés pendant la période Boisclair et au P.Q. depuis que Pauline Marois dirige le parti. Il est clair maintenant que Charest recrute au P.Q.!

Ce 10% traduit aussi l'échec de la méthode Marois. Pauline Marois, qu'on le veuille ou non a mis, de l'avant une stratégie où le débat sur l'indépendance, du moins au niveau de sa perception publique, a été mise sous le boisseau. Cette stratégie a eu pour effet d'éloigner ceux que l'indépendance prochaine attirait et ainsi les inciter à choisir le "bon Gouvernement Charest". Il est a se demander si en évacuant l'urgence de l'indépendance Pauline Marois n'évacue pas aussi l'attrait principal du parti de René Lévesque. Sans l'indépendance et face à un gouvernement Charest concrètement satisfaisant, le PQ devient un coup de dé que plusieurs Québécois ne sont plus prèts à prendre. Il semble maintenant clair et net que parler de l'indépendance et fixer des objectifs de réalisation EST une nécessité contrairement à ce que pense Pauline Marois. Si non le P.Q. perd des joueurs naux mains des Libéraux. Madame Marois devra réviser sa stratégie et c'est là une révision majeure en ce qui la concerne. Si ce glissement se confirme, cela va brasser dans le P.Q..

Du côté libéral, il n'y a pas eu que l'action des deux sauveurs pour expliquer la situation enviable actuelle. Le gouvernement Charest n'a pas fait que des erreurs et les femmes qui constituent la moitié du conseil des ministres ont été de par leur performance excellente un atout.

Quant à Pauline Marois, elle a lancé quelques pétards mouillés, propositions sans lendemain et gauches dont elle aurait pu se passer.

Ce dernier sondage vient confirmer que les québécois ont tracé une coix sur l'ADQ et sur Mario Dumont. La girouette a continué de l'être et son équipe empruntée aux vendeurs de Lebeau vitres d'auto a révélé tout son potentiel. S'il y avait demain matin une élection, nous sommes convaincu que l'échec adéquiste se concrétiserait encore plus. Ce parti pourrait bien passer en deça du seuil de 10%. C'est là un cheminement que nous prédisions au lendemain même de la dernière élection. Toutes les conditions sont bonnes maintenant pour monsieur Charest. Il pourrait lancer une nouvelle campagne électorale.

Il manque cependant une condition à la réalisation de cette hypothèse : la nécessité de le faire. Charest est assuré de gouverner comme un gouvernement majoritaire d'ici la fin de son mandat. Aucun député adéquiste ne voudra remettre en jeu son gagne pain à moins d'un revirement totalement imprévisible. Quant au PQ, un écart de 10% devient inquiétant et risqué. Pauline Marois ne vise certainement pas d'être chef de l'opposition pour encore cinq ans.

Ainsi va la vie dans ce merveilleux monde politique au Québec.

lundi 9 juin 2008

Le point sur les perspectives économiques à court-moyen terme


De noires perspectives

Les perspectives économiques à court et moyen termes ne sont pas sombres mais bien noires.

Conformément à nos prévisions antérieures, nous avons entamé une récession aux U.S.A. qui non seulement se confirmera au prochain trimestre mais qui s'amplifiera au cours de plusieurs trimestres à venir. Rien ne permet de croire à une reprise à court-moyen terme. Au contraire, les indicateurs fondamentaux et la valeur en chute libre du US dollar laissent présager tout le contraire.

La croissance farfelue et abusive des cours de l'énergie, essentiellement due à la spéculation, vient accroître les problèmes qui affectent déjà très gravement l'économie américaine. La hausse de l'énergie jettera littéralement à terre l'industrie américaine de l'automobile qui prendra, comme celle de l'immobilier et des institutions financières, de deux à 5 ans ans pour entamer et actualiser une récupération satisfaisante. C'est énorme.

La hausse inconsidérée du pétrole deviendra un facteur déterminant de l'extension mondiale de la récession américaine.

Non seulement les habitudes de consommation de l'énergie à base de pétrole changeront-elles chez les consommateurs mais aussi chez les producteurs. Il y aura rapatriement de productions confiés à des pays comme la Chine, le Mexique etc... mais aussi une diminution radicale du camionnage sur de longues distances. Le transport maritime intercontinental prendra de l'ampleur, le cabotage, le transport ferroviaire, le transport en commun Ces changements seront des changements structuraux et structurants à long terme. Le défi de la substitution de l'électricité comme source d'énergie pour le transport personnel deviendra un impératif encore plus important pour des pays comme l'Inde et la Chine. Il deviendra évident que l'industrie automobile de ces pays devra reposer sur une autre source d'énergie que le pétrole et que le développement prometteur des exportation automobiles en dépendra aussi. L'industrie touristique et du transport aérien seront lourdement affectées pendant plusieurs années. Celui des énergies alternatives sera en pleine croissance et au premier titre l'énergie nucléaire.

Crise aux U.S.A. et virages majeurs

L'arrivée d'un nouveau gouvernement aux U.S.A. en novembre et l'entrée en fonction du nouveau Président en 2009 interviendront avec le déploiement de la crise économique américaine. Les U.S.A. transformeront radicalement leur politique énergétique et environnementale. Des réformes significatives au niveau des impôts et des taxes devraient intervenir au cours de 2009, particulièrement si le nouveau Président est démocrate. Les taux d'intérêt devront être revisés fortement à la hausse devant les risques de stagflation et pour redonner de la force au USD.

Les U.S.A., quelque soit le Président, devront réduire leur dépendance économique au pétrole, s'engager fortement dans la réduction des gaz à effet de serre, réduire les dépenses publiques, hausser les revenus gouvernementaux, réduire les échappatoires fiscaux, réduire leurs dépenses à l'étranger dont et surtout même les dépenses militaires.

Guerre probable en Iran avant 2009 et krach boursier

Le cours des événements pourrait être radicalement changé avec une nouvelle guerre au Moyen-Orient (Iran) où les U.S.A. agiraient sous l'impulsion d'Israël. Cette guerre pourrait intervenir dans les six mois à venir, d'ici à la fin du mandat de G.W. Bush.

Ce serait, sous l'angle de l'économie, un important obstacle au recouvrement économique des U.S.A. et une pression encore plus forte sur le cours du pétrole puisque 30% du pétrole mondial circule par le détroit d'Ormuz.

Les bourses américaines ont entrepris depuis plus de deux mois un virage négatif suivi d'un mouvement neutre qui se poursuit depuis près d'un mois. Il est douteux que nous demeurions dans une telle incertitude pendant tout l'été. Il est donc hautement probable que nous assistions à une violente chute des cours à New-York dans les toutes prochaines semaines voir dans les prochains jours.

L'or, plus que jamais valeur refuge

Il est clair que les investisseurs, doivent, selon nos recommandations de plus d'un an, se tenir loin, très loin du marché et de l'économie américaine et se départir immédiatement si ce n'est déjà fait de toute action de corporation américaine ou de toute corporation dépendante des U.S.A. pour son évolution. La même chose s'applique aussi pour toute institution financière qu'elle soit américaine, canadienne ou autre.

Les investisseurs doivent demeurer « liquides » et se réfugier dans l'or. L'investissement dans les industries alternatives au transport routier sont à conseiller : transport maritime, ferroviaire, conversion énergétique. Le pétrole devrait connaître beaucoup d'instabilité dans les prochains mois et la baisse de la demande affecter son cours à la baisse. Il faudra agir avec prudence à l'égard du pétrole. On assistera à un découplage du duo or-pétrole, l'or reprenant l'évolution de son cours plus distinctement mais aussi en lien avec l'évolution du cours du USD$. L'or, à travers un parcours chaotique à certains moments, devrait toucher les 1,500 USD$ l'once d'ici un an, possiblement beaucoup plus dans la mesure où la spéculation quittant le pétrole s'y installera. Le prix "normal" de l'or devrait, selon nous, se situer dans les 1,000-1,500 USD$ l'once. Au delà de cette marge, nous entrons dans une "bulle" irrationnelle qui pourrait mener loin. Certains vont jusqu'à parler de 5,000$ l'once. On verra et avisera.

Remise en question mondiale sur la spéculation pétrolière

Il est à prévoir que la très forte hausse du pétrole entraînera des actions gouvernementales à travers le monde. Les gouvernements ne sauront longtemps demeurer indifférents aux exigences d'interventions de la part des populations qui n'accepteront plus de subir les effets de la spéculation sur le prix à la consommation et sur l'économie. Il n'est pas exclu que nous voyons apparaître des mesures qui feront des États consommateurs les seuls aptes à d'acheter le pétrole des états producteurs et les seuls pouvant fournir aux raffineurs et distributeurs locaux le pétrole consommé sur leur territoire. Ces mesures ne sauraient être efficaces toutefois sans concertation internationale. Des nationalisations ne sont pas à exclure non plus un peu partout à travers le monde. Les abus actuels ne sauront perdurer longtemps sans que des révoltes populaires exigent des redressements.

Récession importante en Ontario

À titre de producteur de pétrole, le Canada devrait conserver une position relativement avantageuse par rapport aux U.S.A. quoique les provinces les plus industrialisées (Québec-Ontario) souffriront beaucoup de la crise américaine. Le Canada connaîtra une grave récession en Ontario, encore plus qu'au Québec qui jouit d'une moindre dépendance énergétique. En dépit que le Canada soit le deuxième pays producteur de pétrole au monde, les excédents de la balance des paiement diminuent. Nous vendons moins de biens et services produits dans l'Est et y achetons un pétrole plus cher de l'étranger. Le Canada est aux prises avec les conséquences inflationnistes directes et indirectes d'un pétrole cher et devra aussi hausser bientôt ses taux d'intérêt. L'effet positif de la chose sera de voir le CDN$ prendre de la vigueur et aussi atténuer le prix relatif du pétrole pour les canadien. Cela nuira encore plus toutefois à l'industrie de l'Est. L'incertitude économique pourrait favoriser la mise en place d'un Gouvernement Libéral à l'élection fédérale maintenant prévisible pour l'automne 2008.

Nous reviendrons sur ce sujet au fur et à mesure des développements significatifs qui ne sauraient qu'intervenir.

mardi 27 mai 2008

Une école afrocentriste à Montréal ? Voilà où mène l'interculturalisme à la Bouchard-Taylor!


Ça y est, la communauté noire de Montréal décide de perpétuer ses valeurs, ses différences culturelles! Comment? Une école afrocentriste ferait une large place à la promotion du patrimoine africain au sein de son cursus scolaire. Le projet sera incessamment déposé à Montréal. À la Commission scolaire anglophone évidemment. Une copie du projet multiculturel Canado-Ontarien.

Gérard Bouchard devrait être contentent puisque le Québec, selon sa vision des choses, va ainsi "s'enrichir" de cette différence! En plein dans le sens de ses recommandations! Vive la "diversité"!

C'est quand de telles stupidités sont mises de l'avant qu'on réalise que ces recommandations du genre "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil" qu'on minorisera à terme la majorité francophone dans une mer de cultures. C'est exactement cela le multiculturalisme. Il n'est pas question de renforcer l'identité africaine chez les noirs du Québec mais bien de renforcer leur identité québécoise. Si les noirs veulent ce genre de choses, qu'ils se le paient en dehors du réseau scolaire public. Comme l'enseignement de la religion. Demain ce sera l'école arabocentriste, l'école sinocentriste etc... Pourquoi pas pour eux si c'est bon pour les noirs?

Et ce regroupement a le culot de raccrocher toute cette histoire à des objectifs de réduction de décrochage scolaire. L'argument a déjà porté à Toronto! Ils nous prennent pour des caves?

Tel que nous le mentionnions antérieurement, le Québec aura à choisir entre deux école de pensée, celle de l'intégrationisme sous toutes ses formes (intégrationnisme, multiculturalisme, communautarisme divers, interculturalisme à la Bouchard-Taylor etc...) et celle de l'assimilationisme. Le Canada avec son exclusive majorité anglophone peut se permettre de tolérer le gruyère social mais le Québec francophone risque, lui, de se disloquer dans un tel modèle.

Quand les Québécois disent vouloir des Normand Brathwaite et des Gregory Charles, ils ne veulent pas d'éternels Africo-Québécois, Jamaïco-Québécois, Haïtien-Québécois. Ils sont prêts à accueillir à bras ouverts les immigrés qui s'intègrent et qui, pour parler clairement, s'assimilent à la majorité francophone en faisant leurs nos coutumes et valeurs. Il veulent faire des immigrés des Québécois sans égard à la race. Ils attendent des immigrants qu'ils disent "nous sommes Québécois". Pas question de favoriser les ghettos culturels de quelque façon que ce soit.

Il est important que l'on mette de haut un terme à de telles propositions de folles aventures. Le Gouvernement du Québec et doit sonner d'entrée de jeu la fin de la récréation.

lundi 26 mai 2008

Un niais de moins chez les Conservateurs fédéraux


Les Conservateurs se sont séparés du plus niais de leurs ministres (ils en ont d'autres dont Stockwell Day!), un épais invétéré sans jugement qui mettait le Gouvernement dans l'embarras au rythme minimum d'une gaffe mensuelle... visible. Nous disons bien "visible". On en a caché combien? La dernière aux Nations-Unies et les révélations d'aujourd'hui sur Julie Couillard l'auront finalement emporté. Harper en avait jusque là.

Exit le M. Bling Bling du Canada, petit émule du couple Nicolas-Carla... un vendredi soir... comme par hasard. Espérons qu'il aura la décence de démissionner de son poste de député... au plus tard en septembre, stratégie électorale oblige. Sa nomination, soulignons-le, n'honore pas le jugement du Premier Ministre. C'était une évidence, dès le départ, que Bernier n'avait ni le calibre ni la classe qui va avec l'emploi. Ce n'était plus qu'une question de temps. C'est maintenant fait.

Pourquoi ne pas penser à Michael Fortier? Le puzzle de recomposer un nouveau Cabinet s'impose au plus tard pour la rentrée de septembre, à l'aube d'une élection inévitable. Mais, en fait, le plus tôt serait le mieux.

Des comme ça, l'A.D.Q. en a à la douzaine. Une chance que l'équipe de Ti-Mario ne gouverne pas et ne gouvernera jamais. Soit dit en passant et parlant de débandade, il est à se demander , ces jours-ci, si Mario ne serait pas en trains de penser à son avenir. Il a encore quelques mois pour "enrichir" la prochaine équipe des Conservateurs à Ottawa. À moins que son nationalisme le pousse ailleurs... Il ferait un excellent ministre du... Revenu chez les Péquistes... 8-O

jeudi 22 mai 2008

Le Rapport de la Commission Bouchard-Taylor : faire du Québec une société multiculturelle



Nous maintenant en main le rapport Bouchard-Taylor, un rapport très attendu. Effectivement, ce rapport est un long exposé, une soutenance d'une variante de la thèse intégrationniste ou multiculturaliste que Bouchard-Taylor appellent l'interculturalisme. Les travaux de la Commission auront servi à soutenir la vision personnelle développée principalement par Gérard Bouchard qui dès le départ l'a affirmée publiquement. Cette vision veut faire du Québec une société multiculturelle, pluraliste où non seulement survivent mais cohabitent les cultures du monde avec la culture québécoise. Ce document a pour titre et porte sur la conciliation, principalement la conciliation des cultures et de leurs contenus qui actuellement se heurtent au sein de notre société.

Il faut comprendre qu'en matière d'immigration et par extension d'organisation sociale il existe des "philosophies" que l'on peut classer en deux grandes familles de pensée :

L’intégrationnisme signifie que les immigrés acceptent de faire partie du tout social. L’adhésion générale aux règles de fonctionnement, à la langue et aux valeurs de la société d’accueil laisse toutefois place, en contre partie, au maintien et à l'expression, tant publique que privée, de l'identité d'origine, des différences culturelles, linguistiques, religieuses, vestimentaires etc.... Ces immigrés demeurent tant privément que publiquement différents des membres de la société d'accueil. Cette différence perdure et est encouragée.

Le courant assimilationniste se définit comme une complète adhésion par les immigrés aux règles de fonctionnement, à la langue et aux valeurs de la société d’accueil. L’expression de leur identité et de leurs spécificités socioculturelles (religion, langue, tenue vestimentaire etc...) d’origine sont généralement cantonnées à la seule sphère privée. Ces immigrés deviennent à terme semblables publiquement aux membres de la société d'accueil au point où ils n'est pratiquement possible de les distinguer de la majorité.

Il existe des variantes de l'approche intégrationniste. Celle-ci est prônées au Canada anglais sous le vocable de multiculturalisme. Par exemple le Canada demande à l'immigrant d'apprendre une des deux langues officielles, d'accepter des valeurs communes. Il présente la société canadienne non pas comme une société biculturelle mais comme une mosaïque de cultures. Il encouragera et même mettra sur pied des programmes pour que langue et culture de chaque ethnie composant la mosaïque subsistent perdurent et se développent. Il sera conciliant sur l'expression religieuse et cherchera à accommoder toute ces religions par des arrangements sur l'organisation de lieux de culte, de manifestations vestimentaires : voile kirpan, turban etc... Le Canada anglais sera ouvert à la manifestation publique culturelle et religieuse. Les jugements de la Cour suprême du Canada, de par la loi, doivent être teintés de cette vision des choses. Ce qui fut et est le cas. Parmi ces variantes du courant intégrationniste se retrouve la philosophie véhiculée par la Commission, celle de l'interculturalisme.

Le rapport que nous présente aujourd'hui cette Commission est résolument de cette école. Il n'y a pas, dans les faits, de véritable différence entre l'interculturalisme à la Bouchard-Taylor et le multiculturalisme canadien ou l'intégrationisme. Tous prônent une politique d'intégration douce et d'échanges culturels. Le fait de dire qu'il existe un tronc commun comme le disent Bouchard-Taylor n'a rien de différent de la proposition des intégrationnistes pour qui les immigrants doivent partager un corps de valeur commune. Les spécialistes de ces questions s'entendent presque tous pour dire qu'il n'y a là que des questions de nuances. Bouchard-Taylor en font quelque chose d'original. Il n'en est rien et ils essaient à notre avis de nous endormir par le vocabulaire. Multiculturalisme et interculturalisme, c'est bonnet blanc et blanc bonnet. Pas surprenant d'ailleurs que la Commission ne dise à peu près rien du cadre constitutionnel et ne voient pas les dangers posés par les jugements de la Cour suprême du Canada qui s'appuie sur une vision de la société qui ne convient pas aux Québécois. Ça ce n'est pas qu'une querelle de mots. Que non.

Le Québec a historiquement et jusqu'à aujourd'hui adhéré dans les faits à la thèse assimilationniste bien qu'au niveau du vocabulaire on utilise, ici, un langage moins cru, apparenté à celui des intégrationnistes. Cette thèse est éminemment réaliste en ce sens qu'elle constitue, dans les faits, l'évolution jusqu'ici normale des sociétés. Toute l'Amérique s'est faite par l'assimilation effective des immigrants et même, à plusieurs endroits, des autochtones à la langue, à la culture et souvent à la religion du colonisateur. Évidemment, il y a eu influence. On peut penser aux habitudes alimentaires entre autres. Les U.S.A. se sont construit de la sorte. Le Canada et le Québec ne sont pas des exceptions. Dès le 18 ème siècle, Allemands, Irlandais se sont fondus dans la majorité francophone. Bien des Québécois ont des ancètres O'Mally et Scott.

Ce sont surtout les pays anglophones dont l'Angleterre et le Canada qui récemment ont adhéré ou été tentés par la philosophie intégrationniste. Il faut reconnaïtre que ce n'est pas un succès et qu'il semble qu'une telle approche suscite plus de tensions sociales qu'elle en résout. C'est aussi une chimère. Pratiquement parlant toutefois, peu importe les écoles de pensée, il n'y a pas de société qui n'assimile pas ses immigrants à plus ou moins long terme.

Effectivement et globalement le Québec agit actuellement dans le sens de la philosophie assimilationniste. C'est ainsi que le Québec exige l'apprentissage du Français, ne supporte pas à long terme le maintien des langues d'origine. Cela relève du privé. Il insiste sur l'adhésion à la culture francophone et à ses manifestations concrètes. Il ne soutient pas, à long terme, les cultures d'origine. Le Québec a tendance à étendre l'espace occupé par le caractère laïc de la société : État, École etc.. Le Québec ne se sent pas de responsabilité à l'égard de la préservation des religions des immigrants. Il considère la religion comme quelque chose de strictement privé et ne favorise pas l'expression publique d'aucune religion. Le récent projet de Loi du Parti Québécois sur la citoyenneté s'inscrit dans la mouvance assimilationniste. Il constitue un revirement notable car ce parti a professé longtemps, pour des motifs électoralistes et dans la perspective d'un référendum, une politique d'appui aux "communautés culturelles".

Le Québec ne se définit pas comme une mosaïque culturelle. Le Québec prône le monoculturalisme, il exige que l'immigrant se fusionne dans une culture commune : une culture, plusieurs ethnies qui se fusionnent à la majorité. Il veut faire de l'immigrant un Québécois le plus rapidement possible. Il va financer son apprentissage de la langue française, enseigner les us et coutumes de la majorité à l'immigrant. En bout de piste, il veut assimiler l'immigrant. Un immigrant qui réussit sa démarche, c'est un Grégory Charles, une Liza Frula. Bien plus, plusieurs voient le Canadien anglais venant d'une autre province comme un immigrant qui doit lui aussi s'assimiler à la majorité. Rappelons-nous la fameuse clause Canada de la loi 101 originale.

Le parti pris de Bouchard-Taylor, c'est l'interculturalisme, le pluralisme, la diversité qu'il oppose aux pratiques d'assimilation qu'il juge" autoritaires", dépassées, racistes et immorales. Viser l'assimilation des immigrants, c'est le repli sur soi, la thèse du soutien à la peau de chagrin...

Tout au long du document qu'ils livrent, les deux Commissaires s'évertuent à démontrer que le Québec est déjà devenu dans les faits une société multiethnique, multiculturelle, diversifiée. C'est précisément ce changement intervenu récemment qui est à la base des tensions actuelles et que la Commission se devait d'examiner plutôt que d'en nier les conséquences qui créent de fortes tensions.

Il faut réaliser que les motifs qui ont supporté la création de la Commission tirent précisément leurs origines de changements intervenus dans la nature, l'origine, le nombre des immigrants. Ceux-ci diffèrent beaucoup des immigrants du siècle dernier qui étaient blancs, chrétiens et, pour bon nombre européens. Les immigrants actuels sont largement musulmans, issus d'Afrique du Nord et culturellement fort différents. Plusieurs races, autre que les blancs, constituent aussi l'immigration actuelle. C'est ce choc des cultures et des façons de vivre et d'être qui sont à la source des difficultés et tensions actuelles. Comment traiter ce changement de paradigme, voilà le défi posé à cette Commission.

La Commission estime que ce changement doit être reconnu comme tel, accepté et même valorisé. Les Commissaires annoncent aux Québécois que ce sont eux qui devront apprendre à vivre dans une société qui ne sera plus jamais celle qu'ils ont connue et dans laquelle ils se retrouvent. C'est aussi aux Québécois de s'adapter aux immigrants. Les tensions actuelles sont dues selon Bouchard-Taylor à l'hermétisme des Québécois. Ce que Bouchard-Taylor propose aux Québécois, c'est de devenir autres, d'être perméables aux autres cultures. Ils proposent aussi le même mouvement aux immigrés.

Ce n'est pas tout. Tout au long de ce Rapport, les Commissaires s'étendent, en grandes démonstrations, pour soutenir que l'immigration ne constitue pas un danger au point de vue linguistique, au niveau de la laïcité, de la religion. Ils cherchent à apaiser les craintes des Québécois en leur faisant la démonstration de l'existence d'un non problème! Le ton partout comme l'indique le titre du Rapport de la Commission est d'abord... conciliatoire.

Le Rapport s'attaque évidemment à toutes les opinions négatives à l'égard de sa thèse sur l'immigration. Les problèmes posés par les Hassidimes sont jugés assez insignifiants, le foulard, hidjab, burqa et autres symboles socio-religieux de l'Islam ne posent pas de réel problème en regard de l'égalité homme-femme. La Commission devient toutefois précise et assez incohérente quand elle clame la laïcité de l'État et exige de ses hauts dirigeants la plus pure neutralité et laïcité, il introduit aux niveaux inférieurs (écoles, enseignants, infirmières, élèves) une permissivité assez incompréhensible... La Commission fait aussi quelques culbutes restrictives sur les lieux de cultes dans les écoles, universités, le crucifix à l'Assemblée nationale etc... Or les Québécois sont loin, très loin d'être unanimes sur certaines de ces façons de faire.

On peut dire de ce rapport que c'est "un trou, une cheville". Cette stratégie de présentation des Commissaires inclut la dénonciation de tout ce qui s'oppose à sa thèses et qu'il définit souvent comme comme des "préjugés". Il dénonce certaines expressions qu'il classe comme racistes telles Québécois de souche, communautés culturelles, minorités visibles. La Commission propose donc une lutte au vocabulaire courant des Québécois et met de l'avant une terminologie qu'il juge suffisamment aseptisée. Ces passages prennent effectivement un peu l'allure d'un tirade d'Elvis Gratton. Il y a une limite au jeu de la rectitude politique. La Commission en jouant au sépulcre blanchi en prétextant la difficulté de nuancer les choses tombe ainsi dans un certain ridicule. Tout ou presque y est absous, y compris les jugements de la Cour suprême en matière d'"accomodements". L'"accommodement" est un terme lui aussi banni car niant l'égalité de droits de l'immigrant. On parle plutôt d'harmonisation.

Il ne s'agit pas ici de reprendre toutes les dimensions de rapport et de dresser un autre portrait, l'autre face de Janus, d'élaborer ici un contre-rapport. Sauf qu'il est aussi souvent possible de tout autant soutenir une thèse opposée, celle de l'assimilation et de prôner une série de mesure favorisant cette thèse.

La Commission tombe aussi dans la facilité quand elle considère que le Québec est discriminatoire dans sa non reconnaissance effective des "compétences" des immigrants. Il y aurait lieu qu'on examine réellement et objectivement la qualité des diplômes des gens qui viennent de pays sous développé. La Commission ne l'a pas fait et a surfé encore là sur des statistiques toutes favorables à sa thèse.

Quand un pays a un PNB per capita, de 500 ou 2,000 $, il n'a, de toute évidence, pas un système de santé, des pratiques socio-sanitaires comparables aux nôtre. Ses routes, son système d'éducation sont loin, très loin d'être aussi comparables. Son secteur industriel est évidemment incomparable. Médecins, infirmières, ingénieurs etc ne sauraient aucunement se comparer aux professionnels formés ici pour faire face à des réalité autrement différentes et d'une autre ampleur. Se pourrait-il qu'on se leurre sur la compétence des immigrants? Se pourrait-il qu'à l'image de leur pays d'origine, leur formation souffre aussi d'un certain sous-dévelopement? Il est temps de connaître le fin fond de cette histoire plutôt que de traiter de raciste ou de discriminatoire toute personne ou entreprise ayant des réticences à l'égard des compétences des immigrants. C'est ce que la Commission fait.

La Commission atténue souvent toutes les données qui pourraient ébranler sa thèse. Elle le fait, par exemple, en jouant avec les données temporellement les plus favorables à leur thèse. C'est ainsi qu'elle met un bémol sur le risque de basculement à l'anglais de la région métropolitaine. Au delà de toutes ces saltimbanqueries statistiques, il est un fait concret, vérifiable empiriquement que l'anglais est à force égale à Montréal. Or la population anglophone de souche du Québec et de Montréal a régulièrement diminué en nombre et en pourcentage depuis trente ans. Ce regain et cette force de l'anglais nous ne pouvons le devoir aux francophones, nous le devons incontestablement aux choix linguistiques effectifs des immigrants. Le problème est réel quoiqu'en dise la Commission et il n'est pas réellement en voie de règlement.

Chose certaine, les Québécois au fil de différents sondages sont majoritairement favorables à une assimilation de fait des immigrants. Les Québécois veulent des Normand Brathwaite, des Joseph Facal, des Naïm Kathan. Ils ne veulent pas qu'on dépense pour soutenir les groupes communautaires selon la perspective des intégrationnistes et pour faire perdurer les cultures des immigrants.

Ce Rapport constitue souvent un contrepoids de l'opinion publique et jusqu'à un certain point une insulte à l'égard de la pensée de la majorité. Quand on lit ce rapport, quand on considère la thèse mise de l'avant on réalise qu'en dépit des audiences qui ont révélé des consensus forts et clairs autour de certains thèmes, les Commissaires ont choisi délibérément d'en ignorer plusieurs. C'est ainsi qu'il est difficile pour plusieurs de concilier les recommandations sur l'égalité homme-femme et le port du hijab. Les Commissaires ont navigué entre leur idéologie, leurs opinions personnelles et les vues de la population et c'est ce qui rend ce rapport quelques fois biscornus. Non seulement ce Rapport ne résoudra pas grand chose, non seulement ne rencontrera-t-il pas un solide appui populaire si nécessaire à sa survie et à son application mais il ne rencontrera pas non plus un appui politique clair d'aucun des partis, les Libéraux étant toutefois plus enclins à soutenir certaines idées. Il faudra que les politiciens fassent leur travail et légifèrent en tenant compte des consensus sociaux. Le Gouvernement Charest n'aura que gagné du temps. C'est d'ailleurs ce qu'il voulait.

En filigrane à ce Rapport, les Commissaires n'ont pas vraiment tenu compte de la fragilité de la société québécoise qui, on le sait, nage dans un univers anglophones. Le Rapport nie les motifs qui supportent l'anxiété des Québécois. La présence inéluctable de l'anglais et la connaissance souhaitable de cette langue commune à l'Amérique du Nord commande dans le seul bastion francophone de taille en Amérique du Nord qu'en ses murs la langue, la culture québécoise soient fortes, le plus fort possible. Il est totalement irréaliste d'imaginer que les Québécois s'entourent d'un univers multiculturel ou interculturel. Contrairement aux vues des Commissaires, il est impératif que les Québécois fassent tout en leur possible pour assimiler au mieux et le plus rapidement possible leurs immigrants. Cela ne signifie pas pour autant qu'il faut bousculer et rudoyer les immigrants. La Commission aurait pu aller beaucoup plus loin, au delà de mesures sur l'amplification sur les mesures d'assimilation mais ce n'était pas tellement conforme à son idéologie.

Les Québécois demandent qu'un message clair aux immigrants en matière d'intégration (assimilation). Au Québec on parle français, on aime le hockey et le sirop d'érable. En ce sens, les Québécois se veulent et sont accueillants. De nombreux témoignages d'immigrants le confirment. Le message que les Québécois veulent clair c'est qu'on veut faire des immigrants des Québécois le plus rapidement possible. Pas d'éternels Israelo-Québécois, pas des Irako-Québécois, pas des Mauritano-Québécois. Le Québec ne veut pas d'une société multiethnique et multiculturelle qui résiste à l'assimilation.

Une des recommandation centrales de la Commission à l'effet d'adopter une loi ou une politique sur l'interculturalisme, n'a aucun sens. Il n'est pas question d'imposer aux Québécois un carcan idéologique dont ils ne veulent absolument pas.

La Commission a produit un Rapport qui comprend des observations et recommandations intéressantes (francisation, régionalisation de l'immigration, balises communes sur les accommodements etc...). Les Commissaires on fait réaliser des études tout autant utiles. Cette Commission aura été une occasion privilégiée de sonder les Québécois, de les faire réfléchir et ce sera probablement la contribution la plus originale et celle qu'on devra retenir. C'est ce qui restera des travaux de cette Commission. Par contre, il est clair que les recommandations du Rapport seront pour plusieurs tablettées.

Cette situation aurait pu être évitée en choisissant à la fois un autre Commissaire que Gérard Bouchard. On le sait, dès le début on a pu constater son parti-pris pour une vision à œillère des choses. On devra aussi tirer une leçon sur la composition de telles commissions. Une commission avec 6-7 commissaires n'aurait certainement pas produit le même rapport. Nous sommes convaincus que le rapport qui aurait été produit par groupe avec moins d'opinions préétablies aurait plus collé à la réalité québécoise. Ce Rapport a le défaut d'être d'abord une vue de l'esprit, de "grands esprits", l'expression d'une seule philosophie. Il a le défaut de ne pas tenir compte du fait que les Québécois ont un statut fort particulier en Amérique dont ils sont fort conscients. Ce n'est pas en oubliant cette donnée fondamentale et bien concrète et en versant d'abord dans l'idéologie qu'on répondra aux préoccupations des Québécois. C'est la plus grande faiblesse de ce Rapport et de ses auteurs. Ils ont manqué de jugement.